La page blanche

Je n’ai pas de talents. Il fut bien un temps où je dansais, mais de là à parler de talent… Je ne sais pas dessiner, je n’ai pas une voix fabuleuse, j’ai un humour qui fait pas rire grand monde, je ne suis pas forte en sport, j’ai pas une plume à faire pâlir Voltaire, j’aime beaucoup de choses dans la vie mais je ne possède aucun talent.

Enfin si, je sais me mettre sur la pointes des orteils dans des baskets, ce qui me fais gagner 22 bons centimètres (oui, j’ai calculé la longueur de mes pieds), ce qui est bien pratique pour choper des trucs haut perché. Et je sais aussi faire tenir une petite cuillère sur mon nez. Mais bon, soyons honnêtes : ça ne sert pas à grand chose dans la vie.

Je stagne. Je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas quoi faire. Les journées sont parfois longues (souvent en fait). Je me plaignais de passer des heures derrière un écran quand je travaillais, et voila que mon quotidien se résume exactement à la même chose, l’argent en moins.

A côté de ça, mon entourage évolue, avance. Certains font des bébés, achètent des maisons, se marient, refont des bébés, partent travailler dans d’autres pays. D’autres sortent des livres à succès, font rires des milliers de personnes. D’autres encore ont des projets géniaux, des travails passionnants. Attention, il n’y a aucune forme de jalousie, bien au contraire, je suis tellement fière et contente pour eux. Et j’ai la chance d’ailleurs d’être entourée de gens comme ça (amour infini sur vous).
Je ne sais pas si vous voyez la scène dans Garden State, où Zach Braff se retrouve sur un canapé au milieu de gens. Tout s’accélère autour de lui.

tumblr_n2j8ixfKrF1rmi6wpo1_500Voila. Je me sens comme ça, au milieu de tout ce qui m’entoure (pour ceux qui connaissent le film, la défonce en moins, je vous l’accorde).
Je suis là, tout autour de moi, ça bouillonne, ça vit, ça profite. Et moi, je reste immobile, à ne pas savoir quoi faire, où aller.
Ça me crève de l’intérieur, d’avoir des choses à faire, d’avoir des choses à donner au monde, d’avoir envie de m’exprimer, de créer, d’être quelqu’un, de laisser une empreinte ici bas. Mais ça bloque, au fond de moi, ça ne se déclenche pas. La frustration est telle qu’elle me pourrit l’esprit, renforce le blocage. Pourtant ça veut sortir. Comme, je sais pas moi, un énorme bouton qui serait trop blanc, mais impossible de l’éclater (désolée, c’est la seule image qui m’est venue en tête…).

Pourtant il y a milles choses que je voudrais faire. Peut être trop d’ailleurs.
Je fais plein d’expos qui me donnent envie de produire des choses, j’ai plein d’idées mais qui ne trouvent pas les moyens de s’exprimer. Je ne regarde pas un film ou une série sans penser au bonheur que ça doit être de faire ces métiers. J’imagine l’envers du décor. Je ne regarde pas un spectacle sans penser également à ces choses là.
Ma vie se résume à une énorme page blanche. Et comme toute page blanche, sa copine l’angoisse l’accompagne. Sauf que ça peut être une super contrainte créative quand il s’agit d’un texte à pondre, mais quand c’est toute ta vie que tu as à écrire, c’est un autre problème. Et en même temps, c’est excitant puisque dès lors, je pourrais éventuellement être et devenir ce que je veux. Encore faudrait-il que je me mette d’accord avec moi même. Mais parfois, ça bouffe plus que c’est excitant et s’enchaîne alors un cercle nul dans mon esprit où je me dénigre et où je finis par conclure que je suis nulle et bonne à rien. Et ces soirs là, je suis pas une rigolote de service.

L’ennui, le chômage et la solitude n’aide pas tellement à se sentir utile. Mais moi aussi, j’ai envie de vivre, de ne plus rester passive à attendre que ça se passe, à observer ma vie de loin comme si je n’étais pas là.

Mais je cherche et j’attends l’encre pour remplir cette énorme page blanche…

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